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Histoire


Histoire de Chastre

Du castra à la mélodie du bonheur !

Il y a des villages sans histoires. Et d’autres où celle-ci est gravée de feu et de sang dans la mémoire des hommes. La raison de cette différence n’est jamais le fruit du hasard. Elle repose essentiellement sur la présence ou non de barrières naturelles au cœur ou au bord du territoire. Là où s’avance la mer, où se dresse une montagne, où se creuse une dépression, où s’étire un fleuve, où confluent des rivières, l’homme un jour s’est arrêté. Pour se reposer. Pour se défendre en s’appuyant au repli naturel de cette limite de son relief.
Ou, plus pacifiquement, pour y attendre ses semblables et pratiquer avec eux des échanges sociaux, commerciaux ou culturels, du produit de son travail ou de ses découvertes.

Sans doute est-ce pour cela que la douceur des vallons de Chastre qu’aucune barrière ne heurte ni offense ne présente pas la moindre trace de vie humaine aux temps de la préhistoire.

Par contre, l’étape suivante de l’installation de l’Homme nous fut davantage profitable car, pour relier ses premières cités et par esprit de curiosité ou de conquête, il se créa peu à peu des habitudes d’itinéraires de traverse, toujours de préférence le long de reliefs doux et plus aisés à parcourir. Ce ne sont certes pas les romains qui me démentiront, eux qui tracèrent en tous sens et à travers l’Europe entière leurs fameuses chaussées, dont celle baptisée ultérieurement de voie « de Brunehaut » reliait naguère la gauloise Bavay (Bagacum), capitale des Nerviens, à la germanique Cologne (Colonia Agrippinensis), jouxtant ainsi les limites de notre actuel village de Cortil. C’est donc à la page de l’Histoire écrite en chiffes romains qu’apparaît la nôtre, remontant ainsi aux débuts de notre ère jusqu’à cette époque où les légions romaines édifièrent un « castra » (campement militaire fortifié) non loin de notre actuelle Maison communale, sur les lieux mêmes de la gare de chemin de fer de notre entité. De « castra » à Chastre, il n’y a évidemment qu’un pas que tous nos lecteurs, même les moins étymologistes, auront aussitôt franchi. Mais d’autres vestiges attestent encore de la sédentarisation de l’homme dans notre région au cours des premiers siècles après Jésus-Christ : la fameuse villa gallo-romaine découverte à Villeroux voici trente-cinq ans (entre 1968 et 1971) nous en fournit sans doute la plus belle des preuves « matérielle » de par les objets de l’époque que l’on y retrouva, et sémantique » par l’origine plus qu’évidente qu’elle offrit au nom même de Villeroux (une villa(re) étant alors un complexe ou un centre agricole). Cortil-Noirmont, quant à lui, s’enorgueillit de dériver, pour le premier du bas-latin « curtile » (de Cortis, ferme) et, pour le second, de posséder ses deux fameux tumuli (d’où le nom de rue des Tombes romaines) remontant à une centaine d’années à peine après Jésus-Christ et sous lesquels furent sans doute enterrés deux notables, exploitants ou commerçants, de l’époque.
Des fouilles entreprises au XIX ème (1874) ont d’ailleurs permis d’y retrouver de superbes objets, visibles aujourd’hui aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire (Parc du Cinquantenaire, Bruxelles), tels qu’une cruche à vin en verre translucide, une sculpture de coquille réalisée en ambre évidé et une autre d’un lézard façonné en cristal de roche. Saint-Géry et Gentinnes ne sont pas en reste et s’illustrent tout autant dès les premières pages de notre grand livre d’histoire, puisque la première offrit le labeur des habitants de son site à une importante exploitation agricole gallo-romaine vraisemblablement située aux abords de l’actuelle rue de Corsal, tandis que le nom même de la seconde dérive probablement de son appartenance à un propriétaire terrien du nom de Gennitius (Gentinnes, terres de Gennitius). Bien que d’autres hypothèses proposent une allitération du mot « genêts » basée sur l’aspect physique du site de Genitinis à la belle saison, voire une traduction ultérieure du germain « ganse tine » (bassin des oies).

Le manque de rigueur et de traces précises de la consignation des noms et de l’existence même de nos villages dans des ouvrages latins tient au fait que, de l’aveu même des romains, les chaussées de nos contrées leur étaient franchement antipathiques ! Evoquant celle dite de Brunehaut (534-613), l’historien latin Tacite en disait déjà – bien avant qu’elle ne fût donc baptisée de ce nom – qu’elle consistait en « des lieux lugubres » dont il valait mieux, pour s’y aventurer, attendre la belle saison. Il est vrai, à notre décharge, que les Romains, tout grands voyageurs qu’ils fussent, n’appréciaient guère le climat (déjà) facétieux de nos terres du Nord dont les colonies par ailleurs récentes au début de notre ère, ne les engageaient guère à y pratiquer de profondes incursions.
Outre le trafic local de nos propres ancêtres, seuls les artisans, commerçants et fonctionnaires de Rome empruntaient plus régulièrement ces voies « vertes » (qualifiées plus tard, au moyen âge, d’ouvrages du Diable) qui traversaient nos régions, au détriment donc des auteurs latins qui, eux, auraient pu nous léguer davantage de témoignages sur la vie de nos villages.
Heureusement toutefois que la curiosité sagace et la persévérance érudite des membres de l’actuel CHERCHA (Centre Historique d’Etude et de Recherche de Chastre) – voir aussi l’article qui lui est consacré, en page 37 – comblent aujourd’hui cette lacune en nous offrant le fruit d’un merveilleux travail de recherches sur la suite de la belle et grande histoire de notre entité.

Ainsi, apprenons-nous qu’au terme des premières invasions barbares du IVème siècle, tout notre petit pays entièrement dévasté mettra près de 300 ans à renaître de ses cendres, à se repeupler et à enfin se réorganiser. Nous sommes alors au VIIème siècle, mais d’autres invasions nous guettent. Sous les Mérovingiens (donc avant les années 750), le territoire de notre entité appartenait au pays dit de Darnau, qui constituait une subdivision du Comté de Lomme dont Namur était le centre. Il fallut attendre 1106 pour que nos villages, toujours limitrophes aujourd’hui – rappelons-le- de la Province de Namur, soient rattachés au Duché de Brabant, en même temps que l’abbaye de Gembloux, laquelle a toutefois quitté aujourd’hui notre Province (il y a à peine quelques décennies) pour retourner à celle de Namur. Dès l’an 1300, les villages devenus brabançons de notre actuelle entité émergeaient en fait de la juridiction du Maïeur de Mont-st-Guibert. Entre-temps et auparavant, la vocation agricole de notre région s’était bien affirmée, due aux vastes opérations de défrichage et de déboisement qu’y avaient menées les différents seigneurs et abbayes qui s’en partageaient la tutelle. La plupart des cinquante villages du Roman Païs (dont les sept nôtres) qui relevaient de l’autorité du maïeur de Mont-St-Guibert, représentant lui-même le Duc de Brabant, étaient en effet confiés à des seigneuries locales de type féodal. C’est de cette époque et – précisément- de ces grands travaux de reconversion agricole que datent les mots « sart » et « rode » que l’on retrouve aujourd’hui dans la toponymie chastroise. C’est également de cette époque ancienne que date la véritable ceinture de donjons dits « tours de sarrasins » (un terme englobant l’ensemble des « païens, bohémiens, traîtres et sorciers », bref des « ennemis » d’un territoire), dont s’entoura chez nous le Duché de Brabant afin de mieux protéger ses frontières. Car, faut-il le dire, les comtes de Namur et les ducs de Brabant ne cessaient de guerroyer, s’opposant en des rivalités sanglantes qui durèrent plus d’un siècle. La tour des Sarrasins de Cortil-Noirmont, enchâssée sur trois niveaux dans le mur d’enceinte de l’ancienne ferme du château, en est l’un des plus beaux exemples. Il est toutefois regrettable que son château féodal tout proche et fortement embelli en 1625 ait, quant à lui, aujourd’hui disparu, d’autant qu’il était en fait parvenu à survivre aux vicissitudes de l’histoire jusqu’au XIXème, où il fut tout bonnement rasé. Et c’est bien de désastreuses vicissitudes de l’histoire dont nous voulons parler ici car, dès l’an 1500 et jusqu’à l’arrivée (tout aussi dévastatrice) des Révolutionnaires français en 1794, tout notre petit pays fut le théâtre de guerre incessantes, se transformant involontairement en un « triste champ de bataille de l’Europe » où venaient s’affronter les souverains de toutes nos puissances voisines . Or, à l’époque, chaque guerre impliquait non seulement la cruauté de batailles rangées entre hordes de soldats armés, mais aussi les inévitables pillages et incendies en tous genres qui s’ensuivaient à l’issue de chacun de leurs conflits, ne laissant derrière eux que des famines successives et de fatales épidémies. Rien ne nous fut épargné et, vers 1650, notre région de campagnes qui auraient pu être si prospères se retrouva tout simplement complètement exsangue.

A la révolution française, tous nos petits seigneurs locaux et nos communautés religieuses survivantes perdirent la totalité de leurs derniers privilèges et leurs biens furent saisis, vendus ou détruits. La France transforma jusqu’à notre identité d’appartenance et nous rattacha à son nouveau Département de la Dyle, lequel deviendra toutefois en 1830, à l’Indépendance de notre pays, la première province belge de Brabant. Première, puisqu’elle n’existe désormais plus sous ce même découpage périphérique autour de Bruxelles depuis le 1er janvier 1995, date à laquelle le grand mouvement contemporain de la régionalisation belge décidé de l’éclatement et de la scission en deux de cette première province capitale de notre pays. Mais, pour toutes logiques qu’elles puissent paraître, la séparation et la création de notre actuelle Province de Brabant wallon semblent s’être décidée beaucoup plus aisément que la fusion interne de nos communes qui, elle, mit plus de 150 ans à souder ensemble les sept villages qui composent aujourd’hui notre entité. L’idée de fusion naquit en 1811, lorsque Napoléon signa un premier décret unissant Chastre à Villeroux. Elle se précisa onze ans plus tard lorsque, en 1822 puis en 1823, Guillaume 1er rattacha par arrêtés royaux Noirmont à Cortil, puis Blanmont à Chastre-Villeroux (l’appellation parfois encore vivace aujourd’hui de Chatre-Villeroux-Blanmont succédait ainsi à une dénomination antérieure qui, naguère, baptisait cette partie de notre Commune sous le vocable de Chastre-Dame-Alerne)
Quatre ans plus tard, en 1827, un dernier aménagement fut apporté à la configuration de notre future entité, sous la forme d’un échange administratif qui offrit Corsal à Saint-Géry, alors qu’Ardenelle passait sous la tutelle de Sombreffe et donc, de nos jours, de celle de la Province de Namur. Les années passèrent, enfin plus prospères jusqu’aux deux guerres mondiales où, dès les premiers jours de celle de 40*45, nos septe villages furent entraînés dans la vaste et sanglante campagne défensive menée contre les troupes du IIIème Reich. L’ossuaire de Chastre, nos cimetières militaires, le Musée français de Cortil-Noirmont et des noms tels que la Place du 7ème Tirailleur Marocain rappellent à suffisance l’ampleur de cette grande bataille qui coûta la vie à des milliers de jeunes hommes de toutes nationalités.

Il fallut attendre une trentaine d’années après la guerre pour que la fusion définitive de nos villages puisse enfin se matérialiser sous sa forme actuelle. C’est le 01 janvier 1977 que nos sept villages, dont certains étaient donc déjà regroupés, fusionnèrent enfin tous ensemble, soudant sous leur nom générique de Commune de Chastre ceux de Chastre, Villeroux, Blanmont, Cortil, Noirmont, Gentinnes et Saint-Géry. Pour le meilleur et non le pire puisque le chiffre 7 est, chacun le sait, celui du bonheur. D’une mélodie du bonheur, entonnée voici deux mille ans par un lointain « castra » romain….